mardi 24 avril 2007

La Démocratie, Casino truqué pour monarques en poupée russe

Les jeux sont faits... Rien ne va plus ! Telle devrait être la devise de notre démocratie égalitaire. Egalité des chances à l’école, égalité des chances en politique et au final, d’un côté les gagnants, monarques petits ou grands et de l’autre les perdants, citoyens serviles ou soumis, de deuxième ordre.

Tout le monde a été scolarisé, tout le monde est ou sera en droit de voter, alors nous dit-on, tout va bien en démocratie rêvée par nos bourgeois éclairés.

Marx estimait que la bourgeoisie se sert du suffrage universel pour installer sa dictature avant de le restreindre pour la conforter.

Cela fut maintes fois vérifié mais aujourd’hui il n’est plus même nécessaire à cette dictature inavouée de restreindre quoi que ce soit. Elle est même prête à donner le droit de vote aux immigrés. Plus ils voteront, plus nous les tiendrons. Et comme le chantait Léo Ferré, « ils ont voté, et puis après ? ».

Après, une fois les jeux faits et remportés par la même caste, plus question de démocratie ; après le jeu, au travail et pour que ça tourne, il faut des chefs.

Ainsi à chaque échelon social, un monarque, sa cour et puis les autres, ceux qui subissent : jamais satisfaits, râlant et cependant au nom d’on ne sait quelle morale, avec pour sempiternel choix deux bulletins : la peste ou le choléra.

Dans les entreprises, les gagnants ont franchi comme les autres les portes de l’école obligatoire, vrai ou faux ? Vrai, à ceci près que selon le rang de classement au sortir des écoles, à vingt cinq ans d’âge tout au plus, tout est réglé pour le reste de sa carrière. Et alors, nous objectera-t-on, tout le monde peut se présenter aux concours, où est donc le problème ? Le problème : jamais la proportion de fils de « petites gens » n’a été aussi faible pour ne pas dire insignifiante dans les écoles prestigieuses de la République. Il suffit pour se l’expliquer d’ouvrir un manuel de Français ou d’Histoire de classe de Seconde. Sans le soutien de parents très instruits ou de professeurs appelés en renfort rémunéré ou encore sans une inscription dans quelque institution dorée, comment le lycéen moyen peut-il s’y retrouver ?

Des intellectuels de gauche se sont amusés à pondre des programmes très raffinés composés de dossiers et de « séquences » où toute chronologie et apprentissage de fond sont bannis. Ainsi, en littérature, le mouvement réaliste devient « roman du vrai » et l’on y cause d’anacoluthes, de prétéritions de stances ou autres zeugmas. Dans de telle conditions, qui entrera à la rue d’Ulm, Polytechnique, Sciences Po ou HEC ?

Pour faire « peuple », on hésitera pas à faire dans la discrimination positive. Quelques beurs, quelques noirs, quelques jeunes des cités et l’on nous fichera la paix. Et puis un peu plus tard, qui nous empêchera de choisir qui l’on voudra pour épauler nos ministres ou nos grands patrons ?

Avec leurs fils de famille, brillants énarques ou X « bottiers » filtrés dans les cabinets de la République, les états-majors des grandes entreprises seront à l’abri des laborieux cadres « maison », ceux qui auront naïvement sacrifié leur vie de famille pour être un jour évacués, au détour d’une restructuration ou d’une délocalisation.

Démocratie, pouvoir du peuple...quand ça ? où cela ? A-t-on déjà vu le peuple gouverner ? Par le biais de ses représentants, dûment élus ? Très bien, mais ce n’est déjà plus la même chose. Et les représentants gouverneraient ? Par le biais de celui ou celle qu’ils désignent ? Président de ceci, président de cela et le Président en chef, élu directement par le peuple, alors vous voyez, nous sommes bien en démocratie ; de quoi vous plaignez-vous ?

A cette réserve que ce sont des présidents qui gouvernent, pas le peuple.

Et le Président en chef, qu’en dire ? Les petits présidents négocient qui parmi eux seront candidats et le peuple devra choisir, il faudrait plutôt dire cocher, sur un menu carte imposé.

Et voilà ! Les jeux sont faits, les présidents gouvernent et les « veaux » ou les

« welches », comme les appelait Voltaire, seront bien gardés.

Et ces présidents enchâssés dans une gigantesque poupée russe, comment nous gouvernent-ils ? Mais en quoi cela vous regarde ? Vous avez voté, la démocratie a été respectée ; maintenant il faut bien que le système tourne et pour faire fonctionner les choses, il faut un chef ou plutôt des chefs ; et puis c'est tout ! Du très grand chef, au sommet, jusqu’au « huitième de chef » comme le chantait Léo : "quand il met une casquette, ça devient le pouvoir de la m..., et y'en a marre, du pouvoir de la m....".


Ainsi, les Casinos de l’égalité des chances, aux roulettes truquées, aux banques alimentées par les tonnes de jetons dépensés par des citoyens avides de jeu, aussi cupides que stupides, la belle démocratie qu'ils nous font : Las Vegas Democraty, menée par une caste de monarques inconséquents.

Et pour couronner le tout, puisqu’il est question de monarques, les tribunaux rendent la Justice, selon qu’on soit grand ou misérable, au nom du peuple. Comment cela du peuple ? Mais c’est de la folie, rendez-vosu compte : le peuple serait capable de rétablir la peine de mort ou de condamner un violeur à perpétuité.

Grands et petits monarques n’ont pas guère à s’inquiéter à vrai dire : si un jury d’abrutis tirés au sort peut s’égarer en dépit du bon sens exprimé par le Président du tribunal, quelques années plus tard, ce seront des hommes de Cour, censés eux, qui décideront de remettre en liberté le malfrat condamné.

Et là, il ne sera plus question de peuple.

Le peuple condamne et l’oligarchie décide qui restera ou non derrière les barreaux.

Mais alors, la démocratie ne serait qu’une illusion, une chimère ?

Comment pousser si fort la critique ? C’est exagéré, voyons !

Ce qui est exagéré est de qualifier de vérité ce qui n’est qu’un mot, un mot qui ne mène nulle part.

Le peuple ne peut gouverner et la vraie question est ailleurs.

Car en vérité, quel bien est recherché par la multitude des citoyens ?

Que les choses publiques soient gouvernées de telle façon qu’en toutes circonstances, la sécurité, la justice et le bien-être soient assurés autant que possible. Là réside le nœud du problème institutionnel.

Suffrage universel ou pas, direct ou indirect, égalité des chances ou pas, ce dont les gens ont besoin, c'est d’être gouvernés honnêtement et avec compétence, au sens fort du terme. Alors peut commencer le vrai débat.

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